Comment Tichaona Gangaidzo aide les entrepreneurs et les entrepreneures noir(e)s à mieux comprendre l'écosystème entrepreneurial et à tisser des liens partout au Canada

 

Tichaona "Tich" Gangaidzo, le spécialiste de la recherche au CSEN

 

Lorsque Tichaona « Tich » Gangaidzo participe à des conférences et à des événements communautaires, il ne représente pas seulement le Carrefour du savoir pour l'entrepreneuriat des communautés noires (CSEN). Il est surtout à l'écoute.

Il échange avec des entrepreneurs et des entrepreneures noir(e)s au sujet des défis auxquels ils font face. Il rencontre des organismes qui offrent du soutien dans les collectivités partout au Canada. Il pose des questions, repère les tendances et cherche à comprendre les besoins exprimés. Chaque conversation lui permet de mieux cerner les lacunes de l'écosystème entrepreneurial des communautés noires au Canada et les façons d'y répondre.

À titre de spécialiste de la recherche au CSEN, Tich transforme ces échanges en actions concrètes. Son travail aide les entrepreneurs et les entrepreneures à s'orienter dans le réseau, parfois complexe, d'organismes, de programmes et de ressources conçus pour les soutenir. Il contribue également à faire évoluer la Carte de l'Écosystème de l'Entrepreneuriat Noir (CEEN) afin qu'elle reflète toujours mieux les besoins des communautés qu'elle dessert.

« La CEEN a été créée par la communauté et pour la communauté, explique-t-il. Il est important de maintenir cette boucle de rétroaction afin de l'améliorer continuellement et de veiller à ce qu'elle demeure un outil utile pour les entrepreneurs. »

Cet équilibre entre les relations humaines et la technologie a façonné le parcours professionnel de Tich. Fort d'une formation en systèmes d'information, en analytique des affaires et en gestion de l'innovation technologique, il s'est toujours intéressé à la façon dont la technologie peut répondre à des besoins concrets. Au CSEN, il a trouvé l'occasion de mettre cette expertise au service d'un objectif plus vaste : rendre l'écosystème entrepreneurial des communautés noires au Canada plus facile à comprendre et à parcourir.

Bien des gens considèrent la CEEN comme un simple répertoire, mais Tich y voit bien davantage.

« Je pense que la CEEN peut véritablement jouer le rôle d'une boussole. »

Pour une personne qui démarre une entreprise, cette nuance est importante. Entreprendre signifie souvent évoluer en terrain inconnu. Les possibilités de financement, les mentors, les services juridiques, les organismes de développement des entreprises, les occasions de réseautage et les programmes gouvernementaux existent, mais savoir par où commencer demeure l'un des principaux défis.

« La CEEN aide les gens à repérer les différentes possibilités qui s'offrent à eux, explique Tich. Toutefois, c'est à l'entrepreneur qu'il revient de saisir ces occasions. »

La plateforme ne remplace pas le parcours entrepreneurial. Elle aide plutôt à en clarifier les étapes en rassemblant des renseignements qui, autrement, seraient dispersés entre des dizaines d'organismes et de sites Web.

Cette mission prend tout son sens chaque fois que Tich rencontre des entrepreneurs et des entrepreneures.

Parmi les constats présentés dans le rapport Résultats et perspectives du sondage national 2024 du CSEN, un élément l'a particulièrement marqué : plus de la moitié des entrepreneurs et des entrepreneures noir(e)s sondé(e)s ne connaissaient pas les programmes gouvernementaux conçus pour les soutenir. Pour Tich, il ne s'agissait pas simplement d'un résultat de recherche. Ce constat confirmait ce qu'il entend régulièrement lors de ses échanges partout au pays. Les ressources existent, mais beaucoup d'entrepreneurs ignorent où les trouver.

Il se souvient notamment d'avoir rencontré, lors d'un événement communautaire, des personnes qui souhaitaient lancer leur entreprise. Elles ne connaissaient qu'un seul organisme au service des communautés noires et ignoraient que d'autres offraient du mentorat, du financement, de la formation, des possibilités de réseautage et des services spécialisés.

« Nous avons pu leur faire découvrir d'autres possibilités », raconte-t-il.

Des moments comme celui-là lui rappellent que démystifier l'écosystème entrepreneurial ne consiste pas à créer davantage de programmes. Il s'agit plutôt d'aider les entrepreneurs et les entrepreneures à mieux comprendre les ressources déjà offertes et de leur donner la confiance nécessaire pour y avoir recours.

Il arrive aussi que ces liens débouchent sur quelque chose d'encore plus précieux.

L'entrepreneuriat peut être une expérience enrichissante, mais aussi parfois solitaire. Au-delà du financement ou des services aux entreprises, bien des entrepreneurs ont simplement besoin d'échanger avec une personne qui comprend les défis auxquels ils sont confrontés. C'est pourquoi le mentorat occupe une place essentielle dans l'écosystème entrepreneurial. Grâce au réseau de mentorat de la CEEN, les entrepreneurs et les entrepreneures peuvent trouver des organismes et des mentors d'expérience qui leur offrent des conseils, partagent leurs connaissances, élargissent leur réseau professionnel et les accompagnent tout au long de leur parcours.

Tich se souvient notamment d'un entrepreneur noir propriétaire d'une entreprise de toilettage pour animaux qui cherchait à entrer en contact avec une personne exerçant le même métier et comprenant les réalités particulières de ce secteur. Grâce à la CEEN, il a été mis en relation avec un autre entrepreneur noir du domaine.

« Ils ont pu discuter des difficultés qu'ils rencontraient, se souvient-il. L'un a aidé l'autre à surmonter certains des défis auxquels il faisait face. »

Pour Tich, c'est cela, créer des liens qui comptent. Il ne s'agit pas seulement de présenter deux personnes, mais de permettre aux entrepreneurs d'apprendre les uns des autres, de partager leurs expériences et de réaliser qu'ils n'ont pas à bâtir leur entreprise seuls.

« Grâce à la CEEN, c'est un peu comme si l'on bénéficiait d'une présentation chaleureuse à d'autres personnes présentes sur la plateforme », explique-t-il.

Il imagine un avenir où ce type de connexion deviendra naturel.

« Imaginez pouvoir chercher un développeur ou un avocat et trouver quelqu'un de la communauté noire avec qui collaborer. C'est le genre de liens que nous voulons favoriser. »

Pour créer ces liens, il faut aussi établir un climat de confiance. Au fil de ses échanges, Tich a constaté que certains entrepreneurs hésitent à s'adresser aux institutions ou aux organismes de soutien en raison d'expériences passées ou parce qu'ils ne savent pas vers qui se tourner.

« Nous devons rebâtir la confiance entre les entrepreneurs et les institutions, explique-t-il. C'est là que la CEEN et le CSEN peuvent jouer un rôle. »

Chaque nouvel entrepreneur, chaque nouvelle entrepreneure et chaque nouvel organisme qui s'ajoute à la CEEN contribue à renforcer ce réseau. Chaque conversation permet d'améliorer la plateforme. Chaque nouveau lien facilite un peu plus l'accès, pour le prochain entrepreneur, à une ressource, à une expertise ou à un mentor.

Pour Tich, c'est là tout le sens de « relier les ressources ». Il s'agit de rendre un écosystème complexe plus facile à comprendre, d'aider les entrepreneurs et les entrepreneures à découvrir des possibilités qu'ils n'auraient peut-être jamais trouvées autrement et, ce faisant, de contribuer au renforcement de la communauté.

Lorsqu'on lui demande ce qu'il souhaite que les entrepreneurs retirent de leur expérience avec la CEEN, sa réponse ne porte ni sur la technologie, ni sur les données, ni sur l'innovation.

Elle est beaucoup plus simple.

« Un sentiment d'appartenance à une communauté. »

Next
Next

Journée de l’Afrique 2026 : Transformer les liens entre le Canada et l’Afrique en occasions d’affaires