Deborah Allotey : bâtir la communauté au CSEN
Deborah Allotey, coordonnatrice de la mobilisation communautaire du CSEN
La recherche peut nous aider à comprendre ce que vivent les entrepreneurs noirs. Elle peut faire ressortir les tendances en matière de financement, cerner les lacunes dans les mesures de soutien et mesurer les obstacles auxquels les entreprises font face partout au Canada. Toutefois, la recherche ne peut pas, à elle seule, répondre à toutes les questions.
Parfois, les entrepreneurs ont simplement besoin que quelqu’un les oriente vers les bonnes ressources.
Pour Deborah Allotey, coordonnatrice de la mobilisation communautaire au Carrefour du savoir pour l’entrepreneuriat des communautés noires (CSEN), c’est là que commence la mobilisation communautaire.
« Les données sont une chose, dit-elle. Les présenter dans un format utile, pratique et adapté aux échanges individuels avec les entrepreneurs, c’est là que j’interviens. Je suis un peu comme un premier point de contact chaleureux. »
Depuis son entrée en fonction, Deborah est devenue l’une des premières personnes que rencontrent de nombreux entrepreneurs lorsqu’ils entrent en contact avec le CSEN. Que ce soit lors de conférences, d’activités de réseautage, d’ateliers techniques ou de rencontres individuelles, son travail consiste d’abord à écouter, puis à mettre les gens en relation avec les ressources qui existent déjà dans l’écosystème de l’entrepreneuriat noir au Canada.
Ce rôle s’est inscrit naturellement dans la continuité de son travail précédent, qui consistait à contribuer à la création de la Carte de l’écosystème de l’entrepreneuriat noir (CEEN).
« Lorsque nous développions la CEEN, tout le monde essayait de comprendre ce que nous faisions, se souvient-elle. Nous étions nous-mêmes en train de le préciser. »
La création de la plateforme allait bien au-delà de la collecte d’information. Deborah a travaillé avec des étudiants pour bâtir la carte, superviser la recherche, élaborer des pages Web, traduire du contenu en français et recruter des organisations de partout au pays. En même temps, elle a passé de nombreuses heures à participer à des activités communautaires et à parler directement avec des entrepreneurs pour leur expliquer l’importance de la plateforme.
« Il y avait des malentendus, dit-elle. Certaines personnes pensaient que nous voulions prendre leurs données ou leurs membres. Nous devions expliquer la valeur de la plateforme. »
Ce travail a mené au lancement de la CEEN en février 2025. Aujourd’hui, alors que d’autres membres de l’équipe poursuivent l’expansion des capacités de recherche et des fonctionnalités techniques de la plateforme, Deborah se concentre sur l’accompagnement des entrepreneurs afin qu’ils puissent la découvrir et l’utiliser.
Ses journées sont remplies de conversations. Certaines organisations veulent accéder à la recherche. D’autres veulent faire connaître des occasions aux entrepreneurs. Beaucoup cherchent simplement à comprendre la place qu’elles occupent dans l’écosystème grandissant de l’entrepreneuriat noir au Canada. De plus en plus, Deborah est la personne qui aide à faire ces liens. Une conversation qui l’a particulièrement marquée concernait un groupe d’entrepreneurs qui souhaitaient mieux comprendre les possibilités liées aux marchés publics.
Après leur avoir présenté des ressources pertinentes par l’entremise de la CEEN, Deborah a travaillé avec ses collègues pour les mettre en contact avec Soutien en approvisionnement Canada, afin de les aider à mieux comprendre le processus d’approvisionnement et les façons de saisir les occasions de marchés publics.
« Les gens n’arrivent pas toujours avec des questions, dit-elle. Ils arrivent avec des défis. »
Cette distinction a façonné sa façon d’aborder la mobilisation communautaire. Un entrepreneur voulait de l’aide pour commercialiser une entreprise existante. Un autre voulait lancer une entreprise de nettoyage, mais se sentait isolé parce qu’il ne connaissait personne dans ce secteur. D’autres cherchaient des mentors, du financement, des conseils en marketing ou simplement l’assurance que quelqu’un d’autre avait déjà emprunté un chemin semblable.
Ces échanges ont renforcé une leçon importante pour Deborah : les entrepreneurs n’ont pas seulement besoin d’information. Ils ont besoin de quelqu’un qui peut les aider à s’y retrouver.
« Le plus grand obstacle, c’est l’accès à l’information en temps opportun, explique-t-elle. On ne sait pas ce qu’on ne sait pas. »
Les entrepreneurs noirs se tournent souvent d’abord vers leur famille, leurs amis ou leurs réseaux immédiats pour obtenir des conseils. Si ces réseaux ne connaissent pas les mesures de soutien spécialisées qui existent, de nombreuses occasions demeurent invisibles jusqu’à ce qu’il soit trop tard. Cette réalité a renforcé la conviction de Deborah selon laquelle les organisations ne peuvent pas simplement attendre que les entrepreneurs les trouvent.
« Nous devons aller à la rencontre des entrepreneurs, là où ils sont », dit-elle.
Cette approche explique pourquoi l’équipe du CSEN est de plus en plus présente à des événements partout au pays, notamment Melamoon, AccelerateOTT, des ateliers sur la propriété intellectuelle et de nombreuses activités communautaires. Chaque événement est une nouvelle occasion de présenter aux entrepreneurs des ressources dont ils ignoraient peut-être l’existence.
Deborah croit que l’écosystème de l’entrepreneuriat noir au Canada compte déjà de nombreuses organisations qui accomplissent un travail précieux. L’occasion à saisir consiste à faciliter le passage des entrepreneurs d’un soutien à l’autre, plutôt que de s’attendre à ce qu’une seule organisation réponde à tous les besoins.
« Nous ne devrions pas chercher à tout faire, dit-elle. Nous devrions mettre en valeur ce que d’autres font déjà très bien. »
Pour Deborah, le succès se mesure aux progrès réalisés par les entrepreneurs. Selon elle, l’objectif n’est pas seulement de célébrer la résilience des entrepreneurs noirs, mais de bâtir un écosystème qui rend la réussite plus accessible.
« Je veux que nous passions de la résilience à la débrouillardise », dit-elle.
Elle espère que les entrepreneurs pourront évoluer dans un écosystème où chaque lien mène naturellement au suivant, afin qu’il soit plus facile de trouver le soutien dont ils ont besoin à mesure que leurs entreprises grandissent.