De quelles entreprises le Canada a-t-il besoin aujourd’hui? Ce que les entrepreneurs noirs peuvent nous apprendre sur la croissance et la résilience
Une entreprise peut être viable, ambitieuse et pleine de potentiel, tout en ayant de la difficulté à croître.
Les entrepreneurs noirs sont très scolarisés, motivés par l’autonomie, les possibilités d’affaires et des objectifs financiers à long terme, et créent des entreprises dans de nombreux secteurs et régions. Pourtant, entre le démarrage d’une entreprise et son passage à une étape où elle peut embaucher, investir et prendre de l’expansion, bon nombre se heurtent à des obstacles.
Ces périodes de transition sont au cœur d’une nouvelle vague de travaux de recherche du Carrefour du savoir pour l’entrepreneuriat des communautés noires (CSEN). Par l’entremise de ses carrefours régionaux partout au Canada, le CSEN étudie les facteurs qui aident les entreprises appartenant à des personnes noires à passer d’une étape de croissance à une autre.
La question est particulièrement pertinente en ce moment. Partout au Canada, les décideurs, les dirigeants d’entreprise et le public s’intéressent davantage à la capacité des petites entreprises de croître et de demeurer résilientes en période d’incertitude économique.
Pour le CSEN, ce contexte général offre l’occasion d’examiner de plus près les conditions qui influencent la croissance des entreprises appartenant à des personnes noires, tout en permettant de mieux comprendre ce dont les petites entreprises ont besoin pour devenir plus solides et plus résilientes.
Les chercheurs du CSEN au Carrefour régional de l’Atlantique, à l’Université Saint Mary’s en Nouvelle-Écosse, ont donné un nom à l’un de ces défis : la « falaise de croissance ». Dans leur prochaine étude, ils suivront des entreprises appartenant à des personnes noires partout au Canada afin de comprendre pourquoi certaines passent du stade de nanoentreprise ou de microentreprise à une première phase de croissance, alors que d’autres demeurent petites. Les chercheurs examineront les décisions et les conditions entourant des étapes importantes comme l’embauche, l’augmentation des revenus, la formalisation des activités et l’accroissement de la capacité.
L’objectif n’est pas de dire que toutes les entreprises devraient devenir de grandes entreprises. Toutefois, pour les entrepreneurs qui souhaitent croître, la voie à suivre peut dépendre d’une série de conditions qui doivent être réunies au bon moment.
Ce sont ces facteurs de croissance que le réseau de chercheurs du CSEN examine partout au Canada.
À l’Université Simon Fraser, en Colombie-Britannique, le Carrefour régional de l’Ouest du CSEN étudiera d’abord la préparation à l’investissement et le mentorat, puis se penchera sur l’approvisionnement comme autre voie de croissance. Le premier projet examinera ce qui peut aider les entrepreneurs noirs à mieux se préparer à obtenir du financement. Le deuxième cherchera à déterminer si une meilleure préparation peut faciliter l’accès aux contrats du secteur public.
Le financement peut aider une entreprise à se préparer à croître, mais sa croissance dépend aussi de sa capacité à trouver des clients et à accéder à des possibilités de plus grande envergure.
C’est pourquoi l’approvisionnement occupe une place de plus en plus importante dans les discussions. Les gouvernements et les grandes institutions achètent chaque année des biens et des services d’une valeur de plusieurs milliards de dollars, ce qui crée des possibilités pour les petites entreprises d’accroître leurs revenus, de faire leurs preuves et d’accéder à de nouveaux marchés. De récents investissements fédéraux réalisés par l’entremise des agences de développement régional ont également mis davantage l’accent sur l’aide aux entrepreneurs noirs afin qu’ils soient mieux préparés à participer aux processus d’approvisionnement et à intégrer les chaînes d’approvisionnement.
Un projet connexe du CSEN mené avec Kasi Insight examinera ces possibilités de plus près. Les chercheurs recenseront les débouchés pour les entreprises appartenant à des personnes noires dans des secteurs comme les infrastructures, la fabrication de pointe, les minéraux critiques, l’énergie propre, la défense et les technologies numériques. Ils examineront également ce dont les entreprises ont besoin pour être concurrentielles dans ces secteurs.
L’accès aux possibilités ne représente toutefois qu’une partie de l’équation. Les entreprises ont aussi besoin des outils et des capacités nécessaires pour en tirer pleinement parti.
L’intelligence artificielle transforme la façon dont les entreprises gèrent l’information, rejoignent leur clientèle et organisent leurs activités. Pour les petites entreprises, elle pourrait offrir des moyens d’améliorer la productivité et de mieux utiliser les ressources existantes. Toutefois, son adoption peut aussi dépendre de l’accès aux connaissances, aux ressources et au soutien nécessaires.
Des chercheurs de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et de l’Université Concordia examineront comment les entrepreneurs noirs du Québec utilisent l’intelligence artificielle, les possibilités qu’ils y voient et les défis qui influencent son adoption. Un projet national complémentaire mené à l’Université Carleton, à Ottawa, examinera les utilisations de l’intelligence artificielle qui conviennent le mieux aux petites entreprises appartenant à des personnes noires et élaborera un cadre pour en appuyer l’adoption.
La technologie ne représente toutefois qu’un aspect de la capacité d’une entreprise.
À l’Université de l’Alberta, les chercheurs du CSEN dans le centre du Canada étudieront la littératie financière numérique chez les entrepreneurs noirs. Ils examineront notamment la façon dont ceux-ci évoluent dans le système financier canadien fondé sur le crédit, utilisent les outils financiers numériques et adaptent des pratiques financières façonnées par différents contextes culturels et économiques. Le projet examinera également l’incidence du genre et de la dynamique familiale sur la prise de décisions financières ainsi que les formes que pourrait prendre une formation mieux adaptée aux besoins des entrepreneurs.
D’un projet à l’autre, les questions commencent à se recouper. Le financement influence la capacité d’une entreprise à investir. L’approvisionnement peut ouvrir la porte à des contrats suffisamment importants pour soutenir son expansion. La technologie peut avoir une incidence sur la productivité. Les connaissances financières peuvent influencer la façon dont les entrepreneurs évaluent les risques, gèrent leur croissance et réagissent à de nouvelles possibilités.
Grâce à son réseau de chercheurs, le CSEN peut examiner séparément chacun de ces éléments tout en cherchant à mieux comprendre leurs interactions.
Ces mêmes questions se reflètent aussi dans les programmes mis en place pour soutenir les entrepreneurs. De récents investissements réalisés par l’entremise des agences de développement régional du Canada ont notamment appuyé la préparation à l’approvisionnement, l’adoption de technologies, la préparation à l’investissement, la formation financière et l’accès aux marchés. Ces similitudes laissent croire que bon nombre des enjeux étudiés par les chercheurs influencent déjà la conception des mesures de soutien aux entreprises partout au pays.
Il est peu probable qu’une seule mesure détermine si une entreprise réussira à croître. La progression dépend plus souvent de la façon dont plusieurs conditions se réunissent au fil du temps.
Une possibilité de financement peut avoir plus de valeur lorsqu’un entrepreneur est prêt à en tirer parti. Un programme d’approvisionnement peut être plus utile lorsqu’une entreprise dispose déjà des systèmes et de la capacité nécessaires pour exécuter un contrat. La technologie peut améliorer la productivité, mais seulement lorsque les entrepreneurs disposent des connaissances et des ressources nécessaires pour l’intégrer efficacement.
C’est ce qui rend les recherches régionales particulièrement utiles. Plutôt que de considérer la croissance comme un résultat unique, les projets examinent de plus près les décisions, les ressources et les relations qui façonnent le parcours vers la croissance.
Pour les entrepreneurs noirs, ces questions s’appuient sur un ensemble de recherches de plus en plus détaillé portant à la fois sur les forces qu’ils apportent à l’entrepreneuriat et les obstacles qui peuvent limiter la croissance de leurs entreprises. La prochaine étape consiste à mieux comprendre ce qui permet aux entreprises de progresser et à déterminer si ces enseignements peuvent mener à de meilleurs soutiens, à des entreprises plus solides et à davantage de possibilités de croissance.
Ces travaux arrivent à un moment où le Canada pose des questions semblables à l’ensemble de son secteur des entreprises. Comment les petites entreprises peuvent-elles devenir plus productives? Qu’est-ce qui les aide à investir, à adopter de nouvelles technologies et à saisir des possibilités de plus grande envergure? Qu’est-ce qui leur permet de demeurer résilientes lorsque la conjoncture économique change?
Les carrefours régionaux du CSEN abordent ces questions sous l’angle de l’entrepreneuriat des communautés noires. Leurs conclusions pourraient aider le Canada à mieux comprendre ce qu’il faut pour bâtir des entreprises plus solides et plus résilientes, capables de répondre aux réalités économiques actuelles.