Réunir des leaders d’affaires noirs pour repenser le soutien à l’entrepreneuriat au Canada

Au cours des dernières années, le soutien offert aux entrepreneurs et entrepreneures des communautés noires au Canada s’est élargi, avec la mise en place de nouveaux programmes et organismes améliorant l’accès au capital et aux services-conseils. À mesure que cet appui se développe, le Carrefour du savoir pour l’entrepreneuriat des communautés noires (CSEN) réunit des leaders d’entreprises afin d’examiner la conception, la coordination et l’amélioration continue de ces mesures de soutien.

Un moteur important de cette expansion a été le lancement du Programme pour l’entrepreneuriat des communautés noires (PECN) par le gouvernement du Canada en 2021, dans le contexte de la relance économique suivant la pandémie de COVID-19. Le programme a regroupé des volets de financement, de soutien à l’écosystème et de recherche afin d’améliorer l’accès au capital et aux services à l’échelle nationale. À ce moment, toutefois, des données nationales complètes sur l’entrepreneuriat des communautés noires n’étaient pas encore disponibles. Les programmes étaient élaborés alors que l’ampleur des besoins, les variations régionales et l’efficacité des différentes approches commençaient tout juste à être mieux comprises.

Des données plus récentes ont permis de préciser ce portrait. Les résultats de l’étude quantitative de 2024 indiquent que près d’un entrepreneur ou d’une entrepreneure sur cinq a déclaré avoir établi un lien avec des initiatives financées par le PECN ou avoir bénéficié de leur soutien au moment de la collecte des données. Ce niveau de participation reflète le stade initial de mise en œuvre du programme ainsi que le temps requis pour que les organismes étendent leur portée dans l’ensemble des régions et des secteurs. À mesure que la notoriété du programme augmente, davantage d’entrepreneurs et d’entrepreneures devraient y participer, ce qui accroît les attentes et met davantage l’accent sur l’efficacité concrète des mesures de soutien.

« À mesure que l’écosystème prend de l’ampleur, il devient encore plus important que les organisations puissent apprendre les unes des autres », a indiqué le Dr Gerald Grant, directeur du CSEN. « Cet apprentissage partagé permet d’améliorer les mesures de soutien au fil du temps, plutôt que de repartir de zéro à chaque nouvelle initiative. »

En réponse à cette évolution, le CSEN met en œuvre deux approches complémentaires afin de repenser la manière dont l’entrepreneuriat des communautés noires est soutenu au Canada.

La première consiste à réunir les organisations financées dans le cadre du PECN. Ces rencontres portent sur des questions systémiques, notamment l’amélioration de l’accès pour les entrepreneurs et entrepreneures mal desservis, le soutien aux entreprises à différents stades de croissance, ainsi que la mesure cohérente et significative des retombées des programmes. En rassemblant les organisations autour de priorités communes, ces échanges permettent de cerner des défis partagés et de renforcer la coordination à l’échelle nationale.

« Le défi ne réside pas dans le manque d’activités au sein de l’écosystème. Il se fait beaucoup de travail de qualité partout au pays », a observé la Dre Muna Osman, scientifique principale au CSEN. « Toutefois, sans données probantes communes et sans coordination, il est difficile d’améliorer ces programmes de manière durable. »

La seconde approche s’appuie sur cette base et approfondit la réflexion. Les communautés de pratique portent sur des enjeux nécessitant une attention soutenue, une comparaison des approches et une réflexion collective dans le temps.

Par l’entremise des communautés de pratique, le CSEN réunit des leaders d’entreprises des communautés noires, des organisations de soutien et des experts et expertes afin d’examiner des défis précis et persistants auxquels les entrepreneurs et entrepreneures font face à mesure qu’ils développent et élargissent leurs activités. Les participants reviennent aux mêmes questions au fil du temps afin de comparer les expériences selon les régions et les secteurs et d’examiner des enjeux qui ne peuvent être résolus lors d’une seule discussion.

Parmi les défis abordés figurent des enjeux sectoriels, tels que l’accès aux chaînes d’approvisionnement dans les secteurs de l’alimentation et de la fabrication, les exigences réglementaires et de certification dans les industries émergentes, ainsi que la préparation au financement dans les entreprises technologiques et à forte croissance. S’ajoutent également des questions opérationnelles auxquelles font face les organisations, notamment l’adaptation des programmes aux réalités régionales et l’ajustement des services aux différents modèles d’affaires.

« À mesure que davantage d’entrepreneurs et d’entrepreneures comptent sur l’écosystème, la question devient de savoir dans quelle mesure celui-ci fonctionne efficacement », a ajouté la Dre Osman. « Si les organisations n’apprennent pas les unes des autres, le soutien demeure fragmenté, même lorsque des ressources sont disponibles. »

Plutôt que de se concentrer sur les entrepreneurs à titre individuel, les communautés de pratique examinent les décisions organisationnelles liées à la conception des programmes, à la prestation des services et à la priorisation des enjeux. Les participants reviennent aux questions communes au fil du temps, cernent les lacunes récurrentes et analysent les raisons pour lesquelles certaines approches réussissent dans un contexte donné et moins dans un autre. L’objectif n’est pas d’aboutir à une solution unique, mais de bâtir une compréhension collective grâce à un dialogue continu et éclairé.

Alors que le CSEN se prépare à lancer ses communautés de pratique, cette initiative témoigne d’une évolution plus large dans l’approche canadienne du soutien à l’entrepreneuriat. À mesure que les programmes prennent de l’ampleur et que les attentes augmentent, l’amélioration des résultats repose sur la capacité à maintenir des échanges suffisamment longtemps pour permettre aux leaders expérimentés d’apprendre les uns des autres et d’affiner les modalités de soutien.

Comme l’a résumé la Dre Osman : « Un écosystème sain est un écosystème où les organisations sont connectées, où l’apprentissage est partagé et où le soutien ne dépend pas d’une seule organisation travaillant en vase clos. C’est ainsi que l’on bâtit un système capable de croître, de s’adapter et de durer. »

 

Next
Next

Nouvelle étude nationale du CSEN :portrait et défis des entrepreneur·e·s noir·e·s au Canada