Comment l'entrepreneure en cybersécurité Diane Ouandji montre ce qui est possible pour la prochaine génération d'entrepreneurs et d'entrepreneures noir(e)s
Avant de fonder Stratechno, Diane Ouandji avait déjà bâti une carrière solide en cybersécurité dans trois pays. Elle possédait la formation, l'expertise et l'expérience. Pourtant, il y avait une chose qu'aucun curriculum vitæ ne pouvait garantir. Dans des milieux où elle était souvent l'une des rares femmes noires, francophones ou immigrantes, elle devait encore décider si elle croyait avoir sa place.
Pour Diane, la réponse est simple.
« Si je veux entrer dans cette salle, j'y entrerai. »
Ce n'est pas de l'arrogance. C'est une façon de voir les choses qui traverse discrètement tout son parcours.
Née et élevée au Cameroun, Diane s'est intéressée très tôt aux mathématiques avant d'entreprendre des études en sécurité de l'information, en cryptologie et en télécommunications. Elle a amorcé sa carrière en France avant de s'établir au Canada il y a quatre ans, attirée par la possibilité de découvrir un nouveau pays et de relever un nouveau défi. Plus récemment, après plusieurs années en cybersécurité, elle a pris une autre décision importante : quitter la stabilité d'une carrière bien établie pour lancer une entreprise qui aide les organisations à comprendre et à gérer les cyberrisques.
« J'avais une belle carrière, dit-elle. À un moment donné, il faut occuper le siège où l'on prend les décisions difficiles. Comme employée, on bénéficie d'un certain sentiment de sécurité. Il y a des décisions que l'on n'a pas à prendre. Mais pour moi, c'est justement ce défi qui m'attire. C'est ce que je veux faire. »
Son parcours reflète une tendance plus large observée au Canada. Les recherches du Carrefour du savoir pour l'entrepreneuriat des communautés noires (CSEN) montrent que 75 % des entrepreneurs et des entrepreneures noir(e)s sondé(e)s ont créé leur entreprise au cours des dix dernières années. Beaucoup choisissent de consacrer certaines des années les plus productives de leur vie à bâtir leur propre entreprise afin de créer les possibilités que les parcours professionnels traditionnels ne leur offrent pas toujours en matière d'autonomie, de responsabilités ou de croissance.
Pour Diane, l'entrepreneuriat n'était pas une façon de quitter une carrière insatisfaisante. C'était le choix de prendre davantage en main son avenir.
Cette décision l'a menée dans un autre milieu où la représentation demeure limitée. Il y avait peu de filles dans les programmes scientifiques qu'elle a fréquentés, une réalité qui s'est poursuivie à l'université puis dans le domaine de la cybersécurité. L'entrepreneuriat a rendu ce manque de représentation encore plus évident.
« Je n'ai pas rencontré beaucoup de femmes ou d'entrepreneurs noirs dans mon domaine, et encore moins de femmes noires entrepreneures », explique-t-elle.
Partout au Canada, des entrepreneurs et des entrepreneures noir(e)s disent devoir constamment faire leurs preuves tout en assumant les défis quotidiens liés au démarrage et à la croissance de leur entreprise. Les recherches menées au Québec indiquent que les entrepreneurs noirs peuvent devoir travailler davantage pour établir leur crédibilité, particulièrement dans des secteurs comme les technologies ou la finance. Certains ont indiqué devoir convaincre davantage leurs clients et les décideurs que leur expertise répond aux normes professionnelles.
Le fait d'être noire, femme et immigrante peut influencer la perception que les autres ont de Diane avant même qu'ils ne découvrent l'étendue de son expertise. Elle ne nie pas l'existence de ces préjugés, mais elle refuse de leur accorder plus d'importance qu'ils n'en méritent.
« Dès que quelqu'un en arrive là, c'est qu'il sait que je suis compétente, dit-elle. Il sait que je suis capable de faire ce que je dis pouvoir faire. »
Sa confiance n'efface pas les obstacles. Elle l'empêche simplement de laisser ces obstacles définir ce qu'elle croit être capable d'accomplir.
Le fait d'avoir vécu au Cameroun, en France et au Canada lui a également donné une perspective plus large sur les occasions qui peuvent s'offrir aux entrepreneurs. En tant qu'entrepreneure francophone établie au Québec, Diane comprend que la langue peut influencer les clients, les réseaux et les marchés qui semblent naturellement accessibles. Elle encourage toutefois les entrepreneurs à ne pas confondre le marché le plus familier avec le seul marché possible.
Son entreprise est établie au Québec, mais elle la développe pour servir des organisations partout au Canada. Son expertise lui permet d'accompagner des entreprises qui gèrent des renseignements sensibles, notamment dans les secteurs de la santé, des technologies financières, des assurances et des infrastructures essentielles.
Cette vision fait écho aux recherches du CSEN sur les entrepreneurs francophones noirs du Québec. Bien que les services professionnels, scientifiques et techniques constituent le principal secteur d'activité des entrepreneurs noirs francophones et non francophones de la province, près de sept sur dix exercent principalement leurs activités sur le marché québécois.
« Voyez grand. Regardez au-delà », conseille-t-elle.
Pour un entrepreneur francophone, cela peut vouloir dire chercher des clients ailleurs au Canada ou reconnaître les possibilités offertes par les marchés francophones à l'échelle internationale. Travailler dans une autre langue représente un défi, mais Diane y voit un risque calculé parmi tant d'autres dans un parcours déjà marqué par l'incertitude.
« Nous parlons de personnes qui sont prêtes à prendre des risques. Alors, pourquoi ne pas prendre celui-là? »
Son indépendance ne signifie pas pour autant qu'elle croit que les entrepreneurs doivent réussir seuls. Diane accorde beaucoup d'importance aux réseaux professionnels où les gens échangent de l'information, partagent leurs expériences et s'entraident pour comprendre les changements dans leur secteur.
La bonne connexion peut mener à un nouveau client, faire découvrir un programme méconnu ou permettre de résoudre un problème grâce à l'expérience d'une autre personne.
« Quand on a un réseau et les bons contacts, les portes s'ouvrent », dit-elle.
Ces relations constituent une forme de capital social. Elles influencent les personnes qui entendent parler des occasions, qui obtiennent une mise en relation ou qui comprennent comment accéder à des systèmes parfois difficiles à intégrer. Les recherches du CSEN montrent également que l'accès limité aux réseaux professionnels constitue un obstacle important pour les entrepreneurs noirs, en réduisant leurs possibilités d'établir des liens avec des investisseurs, des partenaires, des clients et des marchés institutionnels.
La Carte de l'Écosystème de l'Entrepreneuriat Noir (CEEN) contribue à réduire cette distance en réunissant des entrepreneurs, des organismes de soutien, des programmes et des partenaires de l'écosystème partout au Canada. En rendant ces ressources et ces relations plus faciles à trouver, la CEEN aide davantage d'entrepreneurs à entrer en contact avec les personnes et les occasions qui peuvent faire progresser leur entreprise.
Diane souhaite faire croître son entreprise, mais ses ambitions dépassent le succès d'une seule organisation. Elle veut que davantage de personnes noires et de femmes voient la cybersécurité comme un domaine où elles peuvent développer leur expertise, prendre des décisions, diriger des organisations et créer leur propre entreprise.
Elle ne croit pas qu'il soit nécessaire d'être une porte-parole pour avoir une influence. Le simple fait d'être visible peut inspirer les autres.
« Le simple fait d'être dans la salle peut suffire à inspirer quelqu'un d'autre, dit-elle. Le simple fait d'être dans la salle, le simple fait d'être sur scène, les gens vous voient. Même si ce n'est pas dans votre nature de défendre une cause ou de prendre souvent la parole, ce n'est pas grave. Soyez présente. Soyez dans la salle. »
Le conseil qu'elle donne aux femmes noires qui envisagent une carrière en technologie ou en entrepreneuriat est tout aussi direct.
« Si c'est ce que vous voulez faire, faites-le. N'attendez pas qu'on vous donne la permission. N'attendez pas que quelqu'un vous dise : "Oui, tu peux le faire." Faites-le. »