Ce que l’entreprise de culture du varech de Darron Hill nous apprend sur l’accès et les possibilités dans l’économie océanique du Canada atlantique

 
 

Lorsque l’on évoque l’entrepreneuriat noir au Canada atlantique, l’océan vient rarement à l’esprit. Le varech, encore moins. Pourtant, le long des côtes de la Nouvelle-Écosse, Darron Hill, fondateur de Scotia Kelp, a bâti une entreprise maritime qui transforme le varech de l’Atlantique en produits destinés aux secteurs de la santé, de la beauté et de l’agriculture.

Né et élevé au sein des communautés noires historiques de la Nouvelle-Écosse, l’entrée de Hill en entrepreneuriat est d’abord née d’une démarche personnelle. Une longue lutte contre des sensibilités environnementales ayant provoqué des problèmes de peau l’a amené à découvrir les propriétés apaisantes du varech. Plutôt que de considérer cette découverte comme un simple remède personnel, il y a vu un produit viable et une ressource locale prête à être valorisée.

« Je ne pensais pas créer une entreprise au départ, a expliqué Hill. Je voulais simplement aller mieux. Mais lorsque j’ai constaté à quel point cela fonctionnait, je me suis dit que si cela m’aidait, cela pouvait aussi aider d’autres personnes. »

Le choix d’entreprise de Hill se démarque d’un schéma plus large mis en lumière dans l’étude du Carrefour du savoir pour l’entrepreneuriat des communautés noires (CSEN), Facteurs influençant le choix d’entreprise chez les entrepreneurs noirs du Canada atlantique. Cette étude révèle que les entrepreneurs noirs de la région sont majoritairement concentrés dans des secteurs à faible croissance, tels que les services alimentaires, le commerce de détail, les arts et les services personnels. Ces secteurs se caractérisent par des coûts de démarrage plus faibles, moins d’exigences réglementaires et une entrée plus rapide sur le marché.

L’étude ne relie toutefois pas cette concentration à un manque d’ambition. Elle désigne plutôt l’accès comme la contrainte déterminante. L’intensité du capital requis, la complexité réglementaire, les exigences en matière de permis et la faiblesse des réseaux de mentorat réduisent discrètement l’éventail des choix possibles pour les entrepreneurs noirs bien avant l’élaboration d’un plan d’affaires.

Dans les secteurs à forte intensité capitalistique, comme l’innovation liée aux océans, ces contraintes deviennent des obstacles structurels. La culture et l’innovation du varech, bien que spécialisées, s’inscrivent pleinement dans un écosystème à barrières élevées. Elles exigent un accès au milieu marin, des activités de recherche et développement, des infrastructures de transformation et une tolérance à l’incertitude que peu d’entrepreneurs noirs en démarrage peuvent se permettre. Si un entrepreneur noir a réussi à s’y établir, ce n’est pas parce que Hill est exceptionnel, mais parce que les parcours de ce type demeurent rares dans l’écosystème entrepreneurial actuel.

Bien que son choix d’entreprise soit peu fréquent au sein de l’écosystème de l’entrepreneuriat noir, ses motivations rejoignent néanmoins les conclusions de l’étude. Celle-ci indique que le choix d’entreprise chez les entrepreneurs noirs est souvent guidé par la passion personnelle, l’identité culturelle et le désir d’avoir une incidence durable sur la communauté. Pour Hill, ces motivations dépassaient le bien-être individuel.

« Cette passion m’a placé dans une position où je peux non seulement aider les autres, mais aussi contribuer à la protection de l’environnement, en réduisant notre empreinte carbone et en offrant des solutions naturelles, de meilleures solutions que les produits chargés de produits chimiques », a-t-il expliqué.

Les ambitions de Hill s’inscrivent dans un marché dont l’importance mondiale ne cesse de croître. Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), l’économie océanique mondiale est passée de 1,3 billion de dollars américains en 1995 à 2,6 billions en 2020. Si elle avait été considérée comme un pays, elle se serait classée au cinquième rang des économies mondiales en 2019. Malgré ses côtes bordées par trois océans, le Canada ne figure pas parmi les principaux moteurs de cette croissance, laquelle est largement attribuable aux pays d’Asie-Pacifique, ainsi qu’aux États-Unis, à la Norvège et au Royaume-Uni.

Dans ce contexte, la Supergrappe océanique du Canada vise à faire croître l’économie océanique du pays à plus de 220 milliards de dollars de PIB d’ici 2035 et à créer plus de 1,2 million d’emplois directs, indirects et induits. Les discussions en matière de politiques fédérales positionnent de plus en plus l’économie bleue du Canada atlantique comme un pilier central de cette croissance.

« Que peut-on faire pour s’assurer que notre communauté bénéficie aussi de ces retombées? », a demandé Hill. « Lorsque je participe à un salon commercial réunissant des fabricants, des récoltants et des transformateurs de varech, je suis la seule personne noire dans la salle. »

Malgré ces conditions, Hill a réussi à se tailler une place dans un secteur à la fois porteur sur le plan environnemental et prometteur sur le plan économique.

« Je pourrais être l’étincelle qui déclenche quelque chose d’important pour la Nouvelle-Écosse, a-t-il affirmé. Nos produits aquacoles sont reconnus mondialement en raison des eaux froides de l’Atlantique Nord. Nous avons la meilleure dulse et la meilleure mousse d’Irlande au monde. »

Pour l’instant, Hill s’efforce de rester à flot dans ce vaste océan bleu d’occasions. Il se concentre sur l’augmentation de la production et sur l’établissement de partenariats avec des chercheurs locaux et des partenaires commerciaux internationaux.

« Heureusement, je suis un bon nageur, a conclu Hill. Parce que bien des gens se seraient noyés depuis longtemps. »

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